Vidéo.Le Voile de la République

A l’université de Nanterre, dans le département des Sciences humaines et sociales, les jeunes musulmanes sont très présentes. Beaucoup d’entre elles sont vêtues de la tête aux pieds, ne laissant apparaître que leur visage et leurs mains. Du voile fleuri stylisé aux longues robes plus traditionnelles, il y en a pour tous les goûts. Les plus coquettes n’ont aucun mal à se démarquer.

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Quand on lui parle de fanatisme, Inés s’exclame : « Dans ce cas-là, je ne suis pas la seule ! Je pourrais dire que certains sont des fanatiques de la mode, d’autres de l’électronique, ou encore fanas de voitures. Non, chacun fait ce qu’il veut ». Une tenue vestimentaire qui, d’après beaucoup de gens, renforce le communautarisme et l’exclusion de l’autre. Mais selon Radia, cela n’implique pas de telles conséquences : « Je ne me sens pas différente, je suis ouverte à tout le monde et je parle à tout le monde. Je ne crois pas que mon voile soit une barrière. Oui, il m’arrive de créer des liens plus rapidement avec les personnes qui me ressemblent, mais c’est naturel chez l’homme de se retrouver autour de points communs ». Des propos appuyés par les résultats de l’enquête réalisée par l’institut nationale d’études démographiques, qui confirment que les plus communautaires ne sont pas ceux que l’on croit.  Radia est donc une jeune fille sociable et joviale, semblant être l’antithèse de la femme opprimée d’Iran ou d’Arabie Saoudite.

Pour Anissa, qui admet que porter le voile n’est pas évident, c’est justement « un réel gage de liberté ». Même si la pression familiale et la sacralisation des traditions poussent parfois les jeunes filles à s’envelopper d’un excès de pudeur (aucune donnée empirique sur la question), c’est simplement une « différence de conception de vie » pour cette jeune musulmane. « Personnellement, je ne me sens pas soumise à l’homme parce que je porte un foulard. Pour certains, ça l’est parce que ce n’est pas dans leurs habitudes, mais encore une fois il n’y a pas de culture qui se vaut. On a souvent l’impression que la culture et les visions françaises sont les meilleures et que le reste est mauvais et négligeable. Non, c’est juste un autre point de vue. » Une différence qui se révèle souvent difficile à appréhender quand, dans des pays comme le Yémen ou le Nord-Soudan, le port du voile devient liberticide pour les femmes. Pourtant Anissa reste lucide : « Il y a du mauvais dans le fait d’imposer le foulard comme d’en obliger le retrait. Le plus dérangeant, c’est de forcer une femme à agir à l’encontre de sa volonté ».

Pour ces jeunes filles instruites, il n’y a pas de juste milieu. Quand, dans certains pays, l’islam rigoriste est incontournable, la France souhaiterait gommer une pratique trop visible qui dérange, pour n’en laisser qu’une conception spirituelle. Une croyance dont la pratique reste indissociable chez ces musulmanes issues de la troisième génération d’origine immigrée. Un regain de religiosité islamique très vif chez les jeunes de moins de 25 ans, comme l’affirme le dernier volet de l’enquête Trajectoire et origine (Teo).

Naturellement, c’est accompagnées par leur spiritualité que Radia, Anissa et Inés évoluent à l’université. Ambitieuses et motivées, les étudiantes se construisent un avenir serein et viable. Elles savent que le port du foulard n’est censé les gêner que dans l’espace public. D’ailleurs, certaines ont déjà mis un pied dans le monde du travail. Elles nous parlent de leurs expériences.

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Anissa connait plusieurs femmes ayant réussi socialement et professionnellement, aussi bien dans les métiers du droit que dans ceux du marketing, tout en gardant leur foulard. Mais la jeune femme a trouvé sa solution pour exercer le métier de professeur sans faire de concession. Radia elle, l’enlèvera pour être institutrice en école publique, tandis qu’Inès ne se résigne pas et ne semble pas du tout inquiète au sujet de son avenir professionnel de femme voilée. « Dans ma vie de tous les jours et en général, je ne ressens pas d’hostilité de la population vis-à-vis de l’islam. J’ai l’impression que ce sont les médias qui entretiennent ce climat de peur. Il y aura bien des entreprises qui m’accepteront avec mon voile », confie-t-elle.

Au-delà d’une psychose élitiste qui se diffuse criminellement au sein de la population, ces trois Françaises semblent aisément lier France et Islam. Une assimilation encore loin d’être digérée par l’ensemble des Français.

Ayann Koudou

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