Le Foot Mécanique : sport, média et handicap

Ylan, Julien et Iliès sont élèves en 1ère au lycée Jean de la Fontaine, dans le XVIe arrondissement de Paris. L’un fait du handball, l’autre du volley, et le dernier de la boxe. Les trois amis, férus de sport, ont suivi les Jeux paralympiques de Londres l’été dernier. Ils ont été surpris par la différence de traitement médiatique avec les JO. Dans le cadre d’un TPE (« travail personnel encadré ») à réaliser pour le bac, ils ont décidé d’assister à un entraînement de foot en fauteuil, à Nanterre, afin de rencontrer ces sportifs dits « de seconde zone ».

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« Ça ressemble presque à un sport mécanique », commente Alexis, prêt à s’entraîner mais attendant encore le reste de son équipe. « Le temps d’installation et de désinstallation des fauteuils est assez long. En plus du pare-choc, il faut obligatoirement être sanglé », ajoute ce jeune joueur de foot-fauteuil titulaire en national. C’est un sport d’adrénaline : vitesse, dérapage, accélération… Il peut arriver que les chocs soient violents, même si le règlement les interdit. Quelques rares fois, le joueur peut, dans le feu de l’action, se retrouver les quatre roues en l’air. « En deux ans de pratique, il ne m’est arrivé qu’une seule fois de voir un fauteuil se retourner, et c’était en compétition », précise Alexis.

Né à Lyon et en région parisienne, le foot-fauteuil permet aux personnes à mobilité réduite de participer à l’engouement national et international pour le ballon rond. Après un premier championnat réunissant juste une dizaine d’équipes en 1992, on en comptait 70 en France quinze ans après. Aujourd’hui, le foot-fauteuil français compte quatre divisions, et Nanterre évolue en D2. En 2007, la première coupe du monde a eu lieu à Tokyo, et en 2011 ce sont les Américains qui ont remporté le trophée à Paris.

Un match se déroule sur un terrain de basket, où deux équipes de quatre joueurs s’affrontent. Les règles sont celles du football, à quelques exceptions près. Les joueurs utilisent des fauteuils adaptés, d’une valeur d’environ 7 000 €, fournis par le Nanterre Handisport Club. « Leurs moteurs sont beaucoup plus puissants et la sensibilité du joystick plus élevée », affirme Jugurtah qui a commencé il y a tout juste un an. Combinaison, précision du tir, vision du jeu : tout est réuni pour produire un maximum de spectacle. Pourtant, même si Alexis et Jugurtah sont des joueurs de haut niveau, ils ne s’entraînent qu’une fois par semaine. « On ne peut pas faire plus : ce sont des fauteuils qui coûtent cher et qui s’useraient rapidement si on les utilisait plus souvent. Sans oublié la disponibilité des bénévoles qui préparent les fauteuils et participent à l’entrainement  », explique Jugurtah.

Olivier, leur entraîneur, déplore que la Ville ne les considère pas comme des sportifs de haut niveau, au même titre que les valides. « À Nanterre, le basket et le handball ont des équipes qui jouent en championnat national. Ils ont de grosses subventions et un gymnase adapté. Nous, notre terrain est à peine tracé et le gymnase n’est pas chauffé. Ce qui ,en hiver, est terrible pour des sportifs en fauteuil électrique ».

Olivier reconnaît tout de même que le handicap entre dans les mœurs : « Les politiques prennent de plus en plus en considération les personnes handicapées dans leurs politiques d’urbanisme, d’éducation ou de transports en commun ».

Pour les deux sportifs, il est temps que les médias emboîtent le pas. Jugurtah et Alexis ont suivi les Jeux paralympiques bien que leur discipline n’y soit pas représentée. « C’est la seule qui se joue en fauteuil électrique, donc pour des handicaps plutôt lourds, ce qui n’est pas le cas dans les autres disciplines du handisport. » Ils voudraient donc que le foot-fauteuil soit reconnu par le CIO et être un peu plus médiatisé par rapport aux sports pratiqués par des valides.

« On voit toujours les handicapés comme des personnes faibles, alors que le jeu peut être hyper impressionnant, un peu comme en rugby-fauteuil. Le service public devrait plus médiatiser l’ensemble du handisport et ainsi contribuer à changer l’image du handicap », poursuit Jugurtah. L’année dernière, suite au buzz d’une pétition lancée sur le web et relayée par la presse, France Télévision avait modifié sa grille de programmes : un magazine était diffusé tous les soirs de la semaine en plus d’un jour dans le week-end. Une victoire dans une société où beaucoup préfèrent encore ignorer les handicapés. Car c’est dans la tête des gens qu’il y a beaucoup à faire, selon Olivier : «  Les handicapés sont souvent entre eux. A part les bénévoles du club, il n’y a pas beaucoup de personnes valides dans leur entourage. La force de cette discipline, c’est qu’elle permet d’intégrer aussi des valides, moi-même je n’hésite pas à prendre le fauteuil pour les guider », livre-t-il satisfait. Valides et invalides peuvent le pratiquer ensemble et hommes et femmes jouent ensemble… Le foot en fauteuil est encore méconnu du grand public, pourtant il a de quoi faire parler de lui.

Depuis, le NHC est devenu Champion de France 2013. Bravo à eux

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