[Vue de Paris] Les Vénézueliens pour le changement?

 « sujet mobile » désolée pour la mauvaise qualité du son

Il est difficilement concevable, pour la Française que je suis, qu’un président au pouvoir depuis quatorze ans puisse être réélu pour six années supplémentaires. Et pourtant, depuis le 7 octobre dernier, Hugo Rafael Chavez Frias est à nouveau Président du Venezuela.

N’ayant jamais mis un pied au Venezuela  c’est de Paris que j’ai dû chercher les informations. J’ai d’abord parcouru les articles qui me venaient « naturellement » via les médias traditionnels et leurs pages sur les réseaux sociaux. J’ai beaucoup lu, mais il m’a semblé que l’impartialité manquait.  Alors j’ai préféré me déplacer et interroger les Vénézuéliens devant l’ambassade, le jour du vote.

Beaucoup, à première vue, ont voté pour Enrique Capriles. Ce candidat (parmi cinq autres dont Hugo Chavez) fût élu à l’issue de la primaire du 12 février 2012, pour représenter la table d’unité démocratique (MUD), coalition du centre gauche et de la droite, et surtout groupe d’opposition au pouvoir actuel. Ses électeurs comptent sur lui pour prendre la tête du « chemin du changement ». Ils espèrent, avec l’arrivée de ce nouveau leader, une nouvelle démocratie, un rétablissement de la justice mais aussi retrouver la totalité de l’argent produit par le pétrole dont une partie serait occultée par le président en place. Les pro-Capriles veulent en finir avec l’insécurité et aspirent, par-dessus tout, à une bouffée d’oxygène après quatorze ans de révolution Bolivarienne.

Mais très peu, voire aucun d’entre eux, n’a pu me parler clairement du programme de la MUD, c’est d’ailleurs dans l’idée d’en savoir plus que je me suis déplacée. Les grands médias, ont beaucoup parlé du nouvel engouement populaire pour Enrique Capriles. Une ferveur identique à celle qui aurait conduit Hugo Chavez au pouvoir en 1998.  Cependant concernant son programme, je n’ai pas vu grand-chose. Alors en cherchant mieux, j’ai finalement trouvé. C’est Romain Migus, un journaliste français vivant au Venezuela, qui révèle finalement ce que comporte le  « paquetazo » de la MUD. A l’instar des Vénézuéliens pro-Capriles  (qui veulent du changement en admettant toutefois que les programmes sociaux en places devraient être mieux suivis plutôt qu’abolis), le Venezuela prendrait une toute autre direction avec cette coalition à la tête du pays. Un programme défini par trois volets : décentralisation, autonomie et privatisation. Une décentralisation des institutions en matière de politique de santé, d’éducation, d’énergie, de transport et d’environnement. L’autonomie de la compagnie pétrolière PDVSA qui s’affranchirait ainsi de sa responsabilité sociale et se libérerait des pouvoirs politiques et de la Banque Centrale du Vénézuela. Enfin la privatisation, synonyme de l’arrêt des missions, de nombreuses subventions et de l’augmentation des tarifs du métro, de l’eau et de l’électricité.

Alors le problème, s’il en est un, n’est pas tant le programme mais le manque d’information au sujet de l’autre révolution qu’aurait engendrée l’élection d’Enrique Capriles. Un tel changement aurait surement conduit le Vénézuela sur les chemins du néo libéralisme rejeté par tout le sud du continent.  Réduisant ainsi à néant l’impulsion d’émancipation générée par Hugo Chavez dans toute l’Amérique Latine. Là était la véritable information. Une information d’ordre géopolitique sûrement trop importante pour l’abandonner à la compréhension, « très relative », du citoyen lambda à en juger le silence de certains journalistes et de leurs papiers dans Le Monde[1] par exemple, ou encore, au vu des informations erronées du journal de France 2[2].

Avant l’arrivée d’Hugo Chavez, le Venezuela connut trente années de suprématie politique avec aux commandes de l’Etat des partis comme Action démocratique (social démocrates) et le COPEI (démocrates-chrétiens). Deux partis que l’on qualifierait de centre gauche aux Etats-Unis et de socialiste en Europe mais qui plongèrent 80% de la population vénézuélienne en dessous du seuil de pauvreté. Une hégémonie dont l’ultime fin arriva avec le soulèvement populaire de 1989, suite à une augmentation massive des prix des transports en commun et à l’adoption de réformes émanant d’un accord avec le FMI. Un soulèvement qui fût aussitôt réprimé par l’armée et dont les 300 morts marquèrent la fin d’une ère[3].

A présent, même si ce pays connait encore une très forte inégalité, son niveau est le plus faible de toute la région. La pauvreté est passée de 48,6%  en 2002 à 27,8% en 2010 et 2 300 000 retraités bénéficient du système de retraite. Sans parler de la sécurité sociale, de la construction de milliers d’habitations, des produits de première nécessité subventionnés et des livres d’école distribués gratuitement[4].

On peut alors comprendre comment toute une partie de la population reste attachée à son « commandante » même si évidemment il y a de nombreux échecs : absence de sécurité et corruption, programmes sociaux encore « temporaires », fréquente fluctuation des prix due à une économie basée sur le marché pétrolier sans cesse perturbé. Sans oublier une classe moyenne mise à mal et laissée de côté.

Un concours de la meilleure démocratie?

Pour nous les occidentaux, la démocratie est souvent synonyme d’alternance. En France, depuis l’instauration du quinquennat en 2002, les deux présidents successifs n’ont effectué qu’un seul mandat.  Aussi, il nous serait sûrement impossible de tolérer qu’un président puisse rester encore six ans au pouvoir après quatorze ans de mandature. Mais notre conception de la démocratie est-elle la bonne, la seule et l’unique ?

Hugo Chavez a mis en place une  démocratie participative qui donne le pouvoir au peuple principalement par sa consultation grâce au référendum, quatre au total. Abrogatoire : contre une loi, législatif : pour une loi, révocatoire : pour renvoyer  n’importe quel homme politique dont le peuple ne veut plus y compris le président et enfin un référendum d’initiative populaire (qui en France est d’initiative parlementaire). Ainsi la majorité des Vénézuéliens ont, à tort ou à raison, une confiance aveugle en celui qui clame être sur la voie du rétablissement de la « justice sociale » parce qu’ils se sentent entendus.

Pourtant, Hugo Chavez n’est sûrement plus aujourd’hui, le démocrate, qu’il était lors de son élection en 1998. Il a dorénavant un projet très (peut-être trop) personnel pour son peuple, et garde beaucoup d’espoir pour ses voisins. Mais comme le dit Etienne Chouard (professeur et penseur pour une nouvelle démocratie) « le pouvoir appelle le pouvoir et il devient probablement difficile pour Hugo Chavez d’imaginer quelqu’un lui succéder ». Là est le risque[5].

Beaucoup de zones d’ombres peuvent apparaître lorsque l’on se penche sur le cas Chavez. Mais la politique a ses côtés obscurs sans lesquels elle n’existerait pas. Quel pays peut donc se targuer d’avoir un gouvernement irréprochable ? (Affaires Karachi, Bettencourt, Clearstream, emplois fictifs….)

Tout au long de cette campagne les médias français m’ont poussé à m’interroger sur le cas Chavez. Et mon constat est le suivant : l’opposition vénézuélienne est plus que présente et elle représente une bonne partie de la population. Dans un pays qualifié de dictature, les médias ne manquent pas de se déchaîner sur le gouvernement allant parfois jusqu’à l’appel au meurtre. Les référendums populaires fonctionnent. D’ailleurs, selon l’ex-Président états-uniens Jimmy Carter qui a observé quelques quatre-vingt-dix élections dans le monde, le Venezuela détiendrait le système électoral le plus sûr du globe (achat de vote corruption, fraude,  intéressons-nous aussi au cas français)[6] [7].

Hugo Chavez a été réélu avec plus de 10 points d’écart (55,14% contre 44,24%). Une victoire acceptée par Enrique Capriles qui préparait pourtant son électorat (par voie de presse et de déclarations) à une riposte d’envergure en cas d’échec. N’oublions pas non plus qu’ « el commandante » fût sorti de prison grâce aux manifestations populaires après le putsch de 2002, dont les américains et l’union européenne s’étaient empressés de reconnaître le gouvernement[8].

Voilà un peuple qui place entre les mains d’un seul homme le pouvoir de décider, alors même si le peuple peut se tromper c’est bien à travers le président du Venezuela que les vénézuéliens participe à la vie politique. Que cela plaise ou non à la communauté internationale et aux médias clairement partiaux.

Ayann Koudou

Sources :

[1] http://www.michelcollon.info/Chavez-5-mediamensonges-du-Soir-et.html

[2] http://www.acrimed.org/article3906.html

[3]http://fr.wikipedia.org/wiki/Histoire_du_Venezuela#Pacte_de_Punto_Fijo_:_la_fin_de_la_dictature_militaire

[4] http://www.monde-diplomatique.fr/carnet/2012-10-11-Venezuela

[5] http://www.youtube.com/watch?v=i2eSQN–LP0

[6]  http://www.businesswire.com/news/home/20120921005993/fr/

[6] http://venezuelainfos.wordpress.com/2012/09/18/

[7] http://www.bastamag.net/article2386.html

[7] Hénin-Beaumont : l’enfer du Nord de Nicolas Vescovacci (diffusé dans Dimanche + le28/10/2012)

[8] http://www.acrimed.org/article1899.html

+

http://www.monde-diplomatique.fr/2002/05/LEMOINE/16486

http://fr.wikipedia.org/wiki/Hugo_Ch%C3%A1vez#Critiques

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