Toulon : des Roms qui misent sur l’insertion

À Toulon, plusieurs familles Roms vivent depuis 2008 dans le quartier de Montéty. Ionut, jeune roumain devenu médiateur, a emmené plusieurs d’entre elles à Strasbourg pour le Festival de l’engagement solidaire.

«On a été députés pour un jour ! », lance Kalo d’un ton rieur mais fier, au retour de Strasbourg, où il a participé début décembre 2011 au Festival de l’engagement solidaire des Caritas européennes, avec une délégation de Roms de Toulon. « J’étais seul à parler devant 600 personnes, je leur ai décrit notre situation en France mais aussi en Roumanie, poursuit-il dans un français haché. Même dans notre pays, les richesses sont pour les autres, et nous avons la tête en terre ». La Roumanie a été une économie croissante grâce aux transformations effectuées pour entrer dans l’Union européenne et aux opportunités d’exportations que son adhésion a engendrées. Mais elle n’a pu échapper aux effets de la crise économique et financière de 2008. C’est donc pour fuir le manque qu’ils sont nombreux à profiter du principe de libre circulation pour trouver ailleurs l’argent qu’ils n’ont pas chez eux.

Il s’appelle Dumitru Lacatus, et Kalo (« noir » en rom) c’est le surnom qu’on lui a donné à cause de son teint hâlé. Ses cheveux longs s’accordent avec sa moustache. Il est grand, paraît robuste et résistant, mais une maladie l’empêche de travailler. Il vit avec sa femme et deux enfants à Montéty, un quartier derrière la gare de Toulon, où il est le premier à avoir investi les lieux. Une nuit de début 2008, de fortes pluies ont poussé un prêtre à leur ouvrir la porte de ce local qui, depuis, héberge une dizaine de familles Roms.

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C’est Ionut Stan, jeune Roumain recruté comme médiateur par le Secours Catholique, qui a accompagné le groupe à Strasbourg et assuré les traductions. Il se fait discret pendant la réunion de restitution. « Nous sommes nous aussi Européens ! », lance Kalo avec aplomb lorsque le rétroprojecteur affiche au mur une photo de lui, le drapeau bleu aux étoiles jaunes entre les mains. « J’ai pris cette photo pour montrer que nous faisons partie de l’Europe, et les ministres doivent l’entendre. Parler devant un ministre sans avoir été éduqué, c’est difficile, mais nous avions l’opportunité d’être à Strasbourg, il fallait donc nous faire entendre. »

« Pour le festival, nous étions accompagnés des familles que nous soutenons sur Toulon, mais aussi de celles qui sont reparties s’établir en Roumanie grâce à la mise en œuvre d’un projet économique », ajoute Nathalie Gadéa, dont la mission au Secours Catholique est la scolarisation des petits Roms toulonnais. Elle fait le parallèle entre des familles à la rue, qui continuent à faire la manche pour survivre au jour le jour, et d’autres, dans la même situation, mais qui ont la volonté, le courage et la patience d’imaginer un futur différent. « Vous ne pourrez pas vous en sortir si vous ne comptez que sur nous. Nous devons apprendre à travailler ensemble », lance-t-elle aux Roms présents à cette réunion.

Projets économiques

En ce moment, le Secours Catholique travaille avec les Roms sur trois projets agricoles, choisis en fonction de leur faisabilité. C’est en 2009 qu’a démarré le programme d’accompagnement transnational des familles. Aujourd’hui, avec l’achèvement des premiers projets économiques, des relations de confiance ont été mises en place avec les Roms . « On est bénévoles, on veut vous aider, mais nos moyens sont limités », explique Julien Mafoula, un Congolais qui vit depuis un an à Toulon et a fait des études à Bucarest. « Ici, je connais mieux les Roms que les Africains, confie-t-il. Je les voyais du haut de mon foyer. Le matin, ils nettoient tout et cachent leurs matelas dans les arbres. Mais parfois il pleut, et les matelas sont mouillés : c’est comme ça que je suis allé vers eux. Quand ils ont su que je parlais roumain, ils m’ont demandé de faire l’interprète dans les hôpitaux et les administrations, car leur plus gros problème, c’est la communication. »

Minerva Civrar, jeune roumaine de 26 ans, vit dans la rue avec son mari et trois enfants. Elle dit qu’ils ont essayé de trouver du travail, mais en vain. En Roumanie, il n’y a pas de travail non plus et, avec une allocation de 20 euros par mois, la famille ne pouvait pas même survivre. « Vous savez, la vie est très dure pour nous. Nous vivons dehors et faisons la manche chaque jour. Tout ce que nous gagnons, c’est pour manger et acheter des vêtements aux enfants », explique-t-elle d’un ton triste. Elle n’a pas de projet et ne compte pas retourner en Roumanie. Son seul espoir est son petit Elvis, qui va à l’école élémentaire, ce qui lui a permis d’être hébergée à l’hôtel pour quatre jours. Dès qu’elle en parle, ses yeux brillent et sa voix s’élève : « Elvis adore l’école ; quand c’est les vacances, il pleure ». Minerva affirme que les Français sont « gentils » : « Ils ne nous considèrent pas comme des voleurs ou des voyous. La où nous dormons, nous nettoyons et rangeons au petit matin, et les gens nous laissent rester ici, entre les bureaux et les magasins. »

Kalo, lui, souhaite s’installer en Roumanie : « Retourner pour me stabiliser, avoir une ferme, m’occuper des animaux… » Avec l’aide des bénévoles, il construit son projet et a déjà participé à des visites de fermes. Il a bénéficié à trois reprises du micro-crédit à taux zéro proposé par le Secours Catholique. Si son projet voit le jour, il devra apporter 5 000 euros et sera aidé à hauteur de 8 000. Sans oublier le volet « logement », estimé à 3 000 euros.

École: y aller ou pas ?

Le Réseau éducation sans frontières et celui des gens du voyage ont permis aux enfants d’être admis à l’école. Mais le fils de Kalo, Fédérico, 11 ans, ne veut pas y aller. Il est né en Roumanie, y a été scolarisé et ne vit ici avec ses parents que depuis mai 2011. Kalo explique à Nathalie que son enfant à des maux de tête et qu’il ne peut se permettre de risquer sa santé : « Il ira à l’école en Roumanie », lance-t-il un peu énervé. A l’école, son fils est le seul Rom : « Je ne veux pas qu’il se sente exclu ».  Aujourd’hui l’action se focalise sur son maintien dans le système scolaire : « Rassurer les parents, aider Fédérico à s’assumer dans l’école, orienter les enseignants sur la gestion des tensions entre lui et certains autres enfants », explique Gonzague de Fombelle, animateur à la délégation du Secours catholique du Var.

Revenant sur son séjour à Strasbourg au Conseil de l’Europe, Kalo rigole : « J’ai été invité, ils m’ont dit qu’il fallait quelqu’un pour parler, j’y suis allé ! » Il ne croit pas vraiment que ça changera quelque chose, mais s’est prêté au jeu. « Je ne sais pas s’ils m’ont entendu et s’ils vont se souvenir de moi, mais j’ai parlé avec mon cœur », conclut-il avec sincérité.

Ayann Koudou

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