Mobilité à sens unique

« N’oublions pas que la mobilité géographique volontaire est un privilège de classe », affirme le sociologue français Jean-Pierre Garnier.

Lorsqu’on séjourne en Afrique, au Sénégal en particulier, on se rend compte combien les locaux sont curieux de l’autre. Les livres pour ceux qui savent les déchiffrer, les films pour ceux qui ont la télé lorsqu’il n’y a pas de coupure d’électricité, le tourisme pour tout le monde… « Where are you from ? » Certains sont fiers de parler anglais pour attirer jusqu’à leur étalage le touriste consommateur.

« Moi je rêve d’aller en France », affirme un vendeur de chaussures du marché de Sandaga, en plein centre-ville. Admiration, intérêt, curiosité : pour beaucoup de Sénégalais, l’Europe est un eldorado presque inaccessible. Mais il paraît tellement bon qu’on ne se prive pas d’y croire. « Mon frère m’a dit qu’il a une maison là-bas et qu’il gagne de l’argent », me dit un passant. J’ai souvent entendu cette phrase. C’est vrai que comparé au campus universitaire de Dakar, où l’on s’entasse à huit dans les chambres, le petit 9 m2 ou la chambre en foyer à Paris, pour une seule personne, peut s’apparenter à un pavillon démesuré.

Les Africains étaient nombreux au FSM, ils ont conscience de l’importance de l’événement, ils ont pu s’enrichir d’une expérience différente, débattre, échanger avec l’étranger. « J’ai rencontré un Sud-africain aujourd’hui, il m’a donné du café de chez lui. Mais ça, tu crois que je vais le boire ? Jamais : je le garde ! », m’explique Abdou. « Donne-moi quelque chose, n’importe quoi, quelque chose qui me rappellera qu’un jour je t’ai rencontrée », m’explique encore un marchand.

Nous aimons voyager, et savons combien il est riche et important de s’envoler vers des terres et des cultures inconnues. Combien la rencontre de l’autre fait du bien à l’esprit et assouvit la curiosité. Rappelons-nous que les Sénégalais cette année ont accueilli une grande partie du monde sur leur territoire pendant six jours consécutifs. Nous leur avons donné des contacts, une vison du monde différentes, des moments inoubliables… Ce qu’ils ont également fait avec nous.

La mobilité, un privilège de classe ? Oui, d’ailleurs le billet est trop cher, et les visas ne sont accordés qu’au compte-goutte. « Nous, on en profite ici, parce que, quand le FSM est chez vous, on ne peut pas venir là-bas ! » Injustice incompréhensible pour ces hommes qui sont nos égaux, nos pairs, nos frères.

Je n’oublierai jamais mes amis du Sénégal et les soutiendrai toujours.

Ayann Koudou

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