Brésil : récit d’une formation à l’agrofloresterie

Le voyage au Brésil continue. Aujourd’hui immersion dans l’activité de l’association Rosa dos Ventos qui promeut l’agrofloresterie.

Le rendez-vous est matinal, et la journée commence tôt comme souvent au Brésil. C’est l’association Rosa dos Ventos qui organise la rencontre. Son but aujourd’hui est d’écouter les agriculteurs et ceux qui souhaitent le devenir. Répondre à leurs questions, réduire leurs craintes. En profiter pour parler des expériences de ceux qui utilisent l’agrofloresterie depuis longtemps, ainsi que des nouvelles techniques ou idées à mettre sur pied.

Tous les participants se retrouvent à l’école. C’est dans la salle de classe que commence la formation. Assis en rond, sur des chaises ou bancs en bois, tout le monde est d’abord invité à se présenter. Des couples, avec ou sans enfant, des vieux des jeunes, un Anglais, plusieurs Français, des personnes qui cultivent depuis cinq ans, d’autres qui n’ont pas encore commencé… Les profils sont divers, mais chacun a la même préoccupation : comment être productif en préservant son environnement ?

Joice R. M. Reis est la principale oratrice de la journée. Avant de présenter l’association aux nouveaux participants, elle lance le sujet grâce à une « brincadera » (« blague » ou « jeu » en portugais). Deux agriculteurs de corpulence à peu près égale se placent au milieu de la salle. On demande à l’un d’eux de porter deux chaises en bois sur chaque bras. A l’autre, on en donne juste une. Joice demande à la salle lequel des deux tiendra le plus longtemps. Elle peut ainsi comparer les notions de force et d’équilibre : est-il préférable de lutter contre son environnement ou de s’accorder avec lui pour se substanter ? Durant cette explication, les deux hommes gardent leurs chaises sur les bras. Jusqu’à ce que celui qui n’en a qu’une abandonne le premier.

A l’aide d’un diaporama, Joice explique alors l’objectif de l’agrofloresterie et la philosophie de l’association : expérimenter des systèmes et pratiques agricoles différents, préserver la biodiversité en trouvant les moyens d’avoir moins d’impact, trouver un équilibre entre exploitation et protection. On parle aussi de sociabilité des expériences et d ’échanges de savoirs. Pour Arold, « les techniques de l’agrofloresterie sont de simples techniques de base que l’on a oubliées dans l’agriculture moderne. Dès le Moyen-Age, beaucoup d’œuvres représentent des pommiers en plein champ de blé ».

Après la présentation, une petite collation est offerte. Et direction les champs pour diverses démonstrations. Des plantations en rond ou en ligne, des citrouilles entourées de bananiers… les différents systèmes sont expliqués avec passion et soin. Les agriculteurs, attentifs, sont parfois intrigués. Mais comment fait un paysan pour vivre lorsqu’il commence à peine à travailler ses terres ? Ou encore : peut-on cultiver sur un morceau de terre fermé ? Même la pluie, qui tombe durant presque une heure à grosses gouttes sur les têtes dénudées, ne réussit pas à perturber le bon déroulement de la démonstration. Elsa nous fait comprendre que « ce type de culture permet de se passer d’insecticide, car le champ apporte des insectes qui seront détruits par les insectes amenés par la présence des arbres. Le système est complémentaire. »

Une fois l’excursion terminée, c’est à la ferme Pedra do Sabia que se poursuit la journée. A présent, c’est l’heure du déjeuner. Un menu entièrement bio, au grand plaisir des papilles les plus éveillées. Bananes, salades, riz, haricots, potirons ou chips, tout est fait maison. Les discussions tournent toujours autour du même sujet, l’heure est au partage et à la convivialité.

Le rendez-vous se poursuit dans la salle de yoga au milieu de la propriété. Avant de continuer, « tous en cercle, prenons-nous les mains et méditons ». Cela peut paraître étrange à nombre d’entre nous, mais la spiritualité et la sérénité sont ici importantes. Ce moment permet aussi de se reconcentrer après la dispersion du déjeuner. L’harmonie et la symbiose, entre les participants et avec leur environnement, est incontournable. Ainsi Alex affirme être venu ici pour « fuir Babylone et vivre en paix avec la nature. J’ai beaucoup voyagé, mais je n’avais encore jamais trouvé une terre aussi fertile ».

Sur des petits papiers de couleur, les agriculteurs ont écrit leurs questions, leurs souhaits, leurs projets… On les lit, on en parle, on finit par les placer dans une catégorie sur un tableau improvisé. Il ne faut pas se voiler la face, l’aspect pécuniaire est forcément présent. Les agriculteurs espèrent retirer de leur culture de quoi les aider. Souvent, leurs projets sont tournés vers un objectif de profit.

La nuit commence à tomber. On passe rapidement en revue ce qui a déjà été planté pour pouvoir avancer. On décide d’un nouveau rendez-vous pour passer à la pratique chez l’un des agriculteurs. On médite une dernière fois pour remercier les participants, qu’ils soient agriculteurs ou spectateurs. Et ainsi la journée s’achève.

                              

                    

                                                            Objectif : préserver la biodiversité

Le Brésil héberge sur son territoire la forêt atlantique, riche d’une biodiversité difficilement comparable. Hélas, la déforestation et l’exploitation agricole intensive en ont accéléré la destruction. Aujourd’hui sur la côte bahianaise, l’association Rosa dos ventos tente de préserver la forêt grâce à l’agrofloresterie.

L’association a été créée en 1999 par un Français, Hugues de Rincquesen, et son ex-épouse. A l’origine, c’est une école qui a été construite, car beaucoup d’enfants à Bahia ne sont pas scolarisés, notamment ceux des agriculteurs. En 2008, l’association commence à se focaliser sur les plantes et la nature. L’école invite les enfants à reconnaître les plantes médicinales les plus utilisées dans la région. En complément, Rosa dos ventos monte un projet « soigner la nature ». L’idée est simple : trouver un équilibre entre préserver la forêt et profiter des ressources qu’elle peut nous apporter. Les pratiques sont diverses : potagers successifs, recomposition d’une forêt ou récupération d’aires dégradées, médecine par les plantes. On peut, par exemple, sur une même ligne, entourer les plantations alimentaires avec des arbres qui permettront de fertiliser la terre. Pour Hugues, c’est tout simplement « l’agriculture du futur ».

Sa ferme comporte aussi une auberge où les nouveaux arrivants sont invités, tout au long de leur séjour, à communier avec l’environnement. Et à manger végétarien.

Ayann Koudou

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